September24
Depuis deux semaines, si on s’intéresse à mon péteux, on s’intéresse aussi à Edgar, d’où la visite à la clinique le 31 août dernier. Pourquoi Edgar fait-il aussi d’urticaire depuis deux mois? Pourquoi dit-il qu’il a mal au ventre? Et ce mal d’oreille alors que pourtant, la docteur confirme qu’il n’a ni otite, ni eau qui traîne derrière le tympan?
Je pense que je commence à comprendre. C’est parce qu’Edgar a une soeur, désormais. Pas un bébé inodore, incolore et sans flavor, là. Une petite bonnefemme qui a des idées politiques (je suis droitière), des ambitions (faire tout toute seule), des idoles (Minnie et Dora), une utilité sociale (je mets les couverts sur la table), des facultés (dont celle de tracer à la perfection de minuscules ronds à l’infini sur toute la surface d’une feuille de papier, je suis reconnue à la garderie pour ma patience incroyable devant une feuille de papier), des lubies (1: être à l’affût et dénoncer vivement les “tout nus” qui osent se promener en bedaine 2: faire dessiner des autos à maman), un rire (machiavélique), une aptitude physique (je sauté désorais à pieds joint depuis le 10 septembre environ), un intellect (on s’est apercus que je reconnaissais la plupart des couleurs: jaune, vert, rose, mauve, bleu, rouge, blanc, etc), un sens de l’humour (“papa est un bébé!”, début juillet 2008), une éthique personnelle (j’ai commencé à tousser dans mon coude… ben, sur mon coude), une “bonne mémoire” (ça c’est mes éducatrices qui l’ont écrit dans mon cahier le 5 septembre dernier), des amis de garderie, des déguisements (qu’il me vole), des gouts vestimentaires (j’aime le chandail “Stop, Obey The Gravity It’s The Law” de papa) des jouets qu’il n’a pas (Eva) ou qu’il n’a plus (ses anciens casse-têtes de 24 morceaux et moins) et le même cousin et les mêmes cousines que lui (“non! Nathan, c’est PAS le cousin de Béatrice! C’est un ami!”) . Une personne qui jase de plus en plus, malgré l’inventaire réduit de consonnes dont elle dispose.
Bref, j’ai une personnalité en titi. À la garderie, je suis connue, même par les éducatrices des autres classes: quand je me mets en colère, tassez-vous de là. IL a fallu du temps pour que j’apprenne à m’asseoir patiemment par terre au lieu de me pitcher dehors. Que j’accepte d’être attachée par la main pour la promenade. Que je prête des jouets. À la garderie, Ximena s’étonne même que je sois si peu confrontante à la maison. Et ils compatissent tous avec le pauvre Edgar qui a, selon eux, moins de caractère que moi et qui doit en voir de toutes les couleurs. Je soupçonne que si mon pauvre Edgar a récemment demandé un bandeau de tête et des bandeaux de bras “comme ceux des Calinours”, c’est non seulement parce qu’il est une grosse douceur, mais parce qu’il commence à penser qu’un peu de protection contre mes attaques ne lui ferait pas de tort. (ndlr: Edgar veut un collier de Hulk aussi…)
C’est vrai que je commence à malmener un peu Edgar. Il me pousse? Ben MOI AUSSI, D’ABORD! Je le pousse dans l’auto, je le pousse dans sa chambre, je le pousse à la garderie. Je lui refuse ses calins, lui qui veut toujours faire des calins. Mais câline! Des Calins n’importe quand! Papa et maman ont convenu avec lui de d’abord me demander la permission avant de m’administrer un câlin.
Sauf que, voyez-vous: je fais pitié aussi. Egar m’en sacre des belles lui. Tenez, aujourd’hui, il m’a donné un coup dans le ventre –et dans le bain- et j’ai glissé je suis tombée dans l’eau. J’ai failli me noyer! En trois secondes, Edgar était hors joute et dans son lit.
De plus en plus, il me tape. Il refuse d’entendre mes chansons dans l’auto le matin (j’ai une meilleure oreille que lui) et hurle, et maman hurle après lui.
De plus en plus, il dit qu’il ne m’aime pas. Qu’il ne veut pas que je sois là. Qu’il veut être dans les bras.
C’est à tout ça que je pensais l’autre jour, quand on est allés chercher le GALLON de sa crème Glaxal pour sa peau. Et je me suis dit que mon frère prenait mal que j’existe.
Et c’est là que la fille au comptoir de la pharmacie s’est écriée en nous voyant les deux bettes de clône (et de clown) : “Eh boy! Y sont faits sur le même moule, eux autres!”. On a répondu en choeur: “ouiiiiiiiii!” Et avant de partir, maman nous a demandé de la saluer. Et nous avons dit en choeur: “Byyyyyye!”. On avait l’air d’enfants parfaits, polis, brillants, vivants, enthousiastes et complices. (On l’a bien bernée, la pauvre fille du comptoir, eh eh)
N’empêche qu’il y a un peu de vrai. On s’aime quand même. Le matin, Edgar m’encourage à manger mon lin – que maman rebaptise “mmmm du bon sucre de lin…”. Il veut savoir ce que je veux porter (la quantité de compliments qu’il fait en ce moment sur le linge de tout le monde, c’est à se douter qu’il va virer Éric Salvail). On joue ensemble sous la table. On conspue tous les deux notre père. Bref, on a plein de points en commun.
Fa que, c’est ça, le problème de la peau et des Oreilles de Edgar et de mon péteux à moi. On est frère et soeur. Je lui donne de l’urticaire sans compter qu’yé pus capab de m’entendre. Pis lui, je l’ai dans l’c….